Le textile, une tradition datant de l'empire ottoman
Bien que la Turquie connaisse une longue tradition textile datant de l’empire ottoman, sa phase d’industrialisation ne débuta qu’à partir des années 1930.
En effet, au début du XXème siècle, le secteur textile turc ne pouvait plus faire face à l’industrialisation européenne. Face à ce retard, le gouvernement turc de Mustapha Kemal adopta un plan quinquennal afin de soutenir ce secteur et son industrialisation. En 1933, fut créée la première usine textile, Sumerbank, à Kayseri. Le secteur textile devient la première branche industrielle de la jeune république turque.
Le secteur textile s’industrialisa au fil des années pour donner naissance à une industrie moderne. A partir des années 80, cette industrialisation a permis à ce secteur d’avoir une vocation exportatrice. Aujourd’hui la Turquie représente 3% des exportations mondiales du secteur textile et habillement. Elle est également le 2ème fournisseur de l’Europe après la Chine pour l’habillement.
La sous-traitance est très développée particulièrement pour les centrales d’achat. Parmi ces derniers des marques, de grandes diffusions sont présentes tels que H&M, Marks & Spencer… D’après les données du Centre de promotion de l’export de la Turquie (IGEME), le secteur textile en Turquie compterait actuellement plus de 40 000 sociétés.
Une industrie portée à l’export
La production de l’industrie textile turque englobe la confection, les tissus, les fils et les fibres.
La principale fibre fabriquée en Turquie est le coton, avec une production pour 2005 de 928 000 tonnes, la Turquie est le 6ème producteur mondial. Les lieux de production sont principalement la région d’Egée, la région d’Antalya, le Sud-est d’Anatolie, et la région de Cukurova. La production annuelle de fils est de 2 millions de tonnes environ.
On peut trouver des tissus de très bonne qualité, l’industrie de la confection peut donc se fournir auprès des producteurs. Le seul inconvénient est que des quantités minimums sont imposées pour la production de chaque modèle. Pour 2004, la production a été de 2,6 milliards de mètres de tissus.
Avec une exportation du secteur textile et confection de l’ordre de 18,9 milliards de dollars, la Turquie est de loin pour cette filière le premier pays exportateur des pays du pourtour méditerranéen. Ses exportations annuelles ont augmenté en valeur de 7,27% par rapport à 2004 (source : commerce extérieur mars 2006 et rapport ITKIB (Union des exportateurs de textile et de confection d’Istanbul) : « l’exportation du secteur textile pour 2005 »).
Les importations de textile et de confection pour 2005 furent de 6,7 milliards de dollars, soit une hausse de 6,7 % par rapport à 2004. Elles ne représentent que 5,8 % des importations totales de la Turquie.
En Europe, la France en tant qu’importateur de l’habillement et de textile en provenance de la Turquie se positionne à la sixième place, derrière l’Italie, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Espagne et la Pologne.
Le secteur textile joue un rôle moteur dans l’économie turque, les exportations de cette filière représentent 25,8 % des exportations totales du pays pour l’année 2005.
En 2005, la région d’Istanbul compte plus de 9000 sociétés turques qui ont exporté.
Un marché attractif évoluant vers une société de consommation à la mode occidentale
La Turquie reste un marché attractif avec 72 millions d’habitants et une population jeune dont 50 % ont moins de 25 ans. Le pouvoir d'achat des Turcs augmente et la Turquie évolue vers une société de consommation où les comportements changent. Pour le Turc, l’image donnée est très importante, il y a un réel désir d’être à la mode à l’occidentale.
Plusieurs marques étrangères ont investi le marché turc telles Boss, Benetton, Lacoste, Levis, Zara, Mango, Marks & Spencer. Ces produits sont soit importés soit fabriqués sous licence.
Certains industriels turcs ont réussi à développer leur collection sous leur propre marque en mettant l’accent sur la qualité, tels que les jeans Mavi, la confection pour femmes : Koton, pour hommes Sarar ou Damat.
Les autorités turques, pour développer ce mouvement, ont mis en place le label « Turquality » un certificat qui garantit la qualité du produit.
Notons aussi qu’il existe un décalage de saisons par rapport à la France. Les collections d’hiver ne sont prêtes qu’à partir de fin août voir septembre alors qu’en France elles sont déjà terminées au mois de juin. Cette situation permet aux entreprises turques de suivre la tendance et de produire une collection « à la mode » actuelle sans vraiment prendre de risques. Autre avantage, la production de la collection automne - hiver se fera d’une manière continue, si un modèle marche bien sur le marché, le modèle sera immédiatement produit pour être revendu la même saison. Il existe donc une réelle flexibilité, qui permet une adaptation rapide pour répondre aux besoins du marché. L’inconvénient majeur est que ce décalage peut être un problème pour les grossistes français qui souhaitent se fournir en Turquie et dont les commerciaux doivent effectuer leur vente avant le début de la saison.
Le succès des succursalistes français
L’essor de centres commerciaux favorisant l’implantation et le développement rapide des marques
Depuis quelques années, la Turquie connaît un essor de grands centres commerciaux favorisant le développement des marques locales et étrangères pour l’habillement en milieu et haut de gamme. La distribution de ces derniers peut s’effectuer par le biais de magasins franchisés, de corners, de chaînes des magasins, ou de boutiques multimarques.
Pour les produits textiles autres que l’habillement, la distribution peut être assurée par l’intermédiaire d’un agent, ou bien par une vente directe.
Concernant les marques locales à Istanbul, les sociétés se regroupent dans des quartiers. Par exemple dans le quartier d’Osmanbey, nous trouvons les showrooms de fabricants et de grossistes pour la filière habillement. Dans ce quartier, chaque rue a sa spécialisation homme-femme-enfant mais ils sont également souvent regroupés en fonction de leur pays d’export : la rue des produits destinés à la Russie, une autre aux pays arabes…
Dans le commerce, l’introduction des cartes de crédit et du crédit à la consommation a permis d’augmenter la capacité d’achat des consommateurs. Ses cartes, données par les banques, permettent de payer les achats effectués dans les magasins en plusieurs mensualités allant de trois à dix-huit mois, sans payer de frais supplémentaires. Ce mode de paiement incite donc les consommateurs à s’offrir des produits de marques, des produits plus chers, sans que les prix les affectent à court terme.
Ilkay ONGUN, Imed Turquie
Les facilités de sous-traitance
- Les accords de libre-échange : depuis 1996 la Turquie est liée à l’Union Européenne par un traité d’union douanière. Les produits textiles et de confection sont donc exonérés des droits de douane.
- La situation géographique de la Turquie : sa proximité avec l’Europe permet de répondre rapidement, et surtout de livrer ou bien de recevoir des marchandises en moins d’une semaine par voie terrestre (camions qui peuvent transporter soit sur cintres soit en colis ; les départs se font généralement deux fois par semaine) et par voie aérienne (plus coûteux).
- Les ressources humaines : la qualification de la main d’½uvre et son savoir-faire, mais le seul inconvénient peut être la méconnaissance de la langue française, et le besoin sur place d’un agent pour suivre la production.
- Pour répondre aux besoins de leurs clients les sociétés turques n’hésitent pas investir en machines.
- L’activité de co-traitance qui permet un prise en charge des activités d’approvisionnement des matières premières : les entreprises turques peuvent prendre en charge l’achat des tissus, des doublures, des thermocollants et tous les autres accessoires (étiquettes, boutons, fleurs…). Ces derniers peuvent être soit des produits locaux soit des produits importés.
- La présence en Turquie de sociétés productrices de tissus permet aux donneurs d’ordre et aux confectionneurs de réduire leurs coûts sur leurs matières premières.
Faire face aux produits Chinois
Au niveau national : l’appréciation de la livre turque a entraîné une hausse de l’importation des produits textiles chinois. Cette situation a mis en difficulté plusieurs sociétés turques. Pour remédier à ce problème, le gouvernement a adopté des mesures de protection.
À l’export : le secteur textile joue un rôle moteur dans l’économie turque, représentant le quart des exportations totales du pays pour 2005. Lié à la conjoncture internationale, son plus grand défi aujourd’hui est d’allier « qualité et prix bas » pour répondre aux besoins des pays européens tout en étant compétitive sur les prix.
Créer sa propre marque et la reconnaissance du « made in Turkey »
Un autre défi pour les sociétés turques serait d’acquérir une indépendance vis-à-vis des donneurs d’ordre en instituant leur propre marque. Et aussi de développer le marketing autour de l’étiquetage « made in Turkey ».
CS Création PME marseillaise entame sa troisième saison en Turquie
L’année dernière, CS Création, une PME familiale de confection, implantée à Marseille, avait pour projet de prospecter des sociétés turques. Elle recherchait des sous-traitants spécialisés dans le haut de gamme pour femme afin de réaliser leurs modèles dans de petites quantités. Cette famille a décidé de tenter l’aventure et a confié à leur agent sur place l’identification des bons interlocuteurs.
Aujourd’hui, CS Création entame sa troisième saison en Turquie. « Nous avons rencontré des sociétés sérieuses avec des personnes professionnelles, disponibles, et à l’écoute. Cette démarche en Turquie nous a permis d’être plus compétitif sur le marché français et surtout de faire profiter de la baisse des prix à nos clients. Nous avons également trouvé des produits finis, de très bonnes qualités avec une finition comparable à celles de la France, ayant de très bon design et un très bon choix de tissus. Ces produits finis nous ont permis de compléter notre collection. La Turquie a été une bonne chose pour l’avenir de notre société », révèle M. Philippe Agutto, responsable de la société. Notons que la proximité de la Turquie avec l’Europe permet également aux structures françaises et turques de faire des livraisons rapidement.