L’héritage du jean
L’histoire du textile en Tunisie a débuté à la fin des années soixante par la création des sociétés Sogetex et Sitex. Cette industrie s’est développée dans la région de Ksar Hellal (au centre du pays sur la côte orientale) et s’est spécialisée dans la fabrication du jean. Au début des années soixante-dix, l’État a décidé la privatisation des deux entreprises. Une loi promulguée en 1972 a introduit le régime « off shore ». Un grand nombre d’entreprises françaises, italiennes et allemandes… ont investi massivement dans l’industrie textile profitant des mesures incitatives et des avantages fiscaux. Leur production était totalement destinée à l’exportation. L’industrie du jean a connu, toutefois une période de régression. Néanmoins, le pays a sauvegardé sa position de grand exportateur mondial de tissus indigo en jean.
Une activité fortement exportatrice
L’industrie textile propose aux investisseurs étrangers des mesures incitatives et des avantages préférentiels et fiscaux. C’est une activité de sous-traitance fortement dépendante des donneurs d’ordres internationaux, de l’importation de tissu et des accessoires. En 1997, l’État a engagé un programme de mise à niveau pour une meilleure qualification et spécialisation de la main-d’½uvre, répondant aux besoins des différentes filières. Le programme entend inciter les entreprises à passer de la sous-traitance à la co-traitance et au produit fini.
Ce secteur compte 2 100 entreprises dont 80 % totalement exportatrices avec des capitaux entièrement étrangers ou en partenariat local. Il emploie directement 250 000 personnes (source Cettex) dont 70 % de femmes. Il totalise un chiffre d’affaires de 3,7 milliards d’euros. C’est le fer de lance des exportations du pays (47 % des exportations manufacturières). Les entreprises du secteur représentent 38 % de l’ensemble des industries manufacturières. Elles opèrent dans la filature (2 %), le tissage (2,60 %), le finissage (1,50 %), la bonneterie (12 %), la confection chaîne & trame et maille (76 %). Selon le ministère du Commerce et de l’Artisanat, les exportations du secteur ont enregistré une croissance de 1,5 %, au cours des 10 premiers mois de l’année 2005. La Tunisie est le 6e fournisseur de l’Europe dont principalement la France, l’Italie et l’Allemagne. En 2004, la production a atteint 3,4 milliards d’Euros, contre 2,8 milliards d’Euros en 2000, soit un taux d’accroissement annuel moyen de 4 %.
Accompagner les entreprises vers la co-traitance et le produit fini
Les industriels tunisiens du textile et de l’habillement ne sont pas des faiseurs de mode. La plus grande partie des PME se contente d’exécuter les ordres et de faire valoir principalement « leur savoir coudre » en matière de mode.
La Tunisie est importatrice de fibres textiles, de fils, de tissus, d’accessoires destinés à la confection ainsi que des modèles à exécuter. À l’ère de la mondialisation et de la concurrence, notamment de pays dont les coûts dérisoires sont prohibitifs, la Tunisie doit améliorer sa productivité et offrir une gamme plus complète et plus intégrée de ses produits avec une meilleure valeur ajoutée.
Partant du principe que le textile et l’habillement sont un secteur stratégique pour l’économie nationale, les pouvoirs publics ont engagé un programme de mise à niveau pour renforcer la position du secteur et surtout garantir la pérennité de ces entreprises. On notera principalement l’accompagnement des entreprises dans leur passage de la sous-traitance à la co-traitance, à travers différents types d’action technique, commerciale et financière. L’assistance technique comprend également, une aide pour le lancement de nouvelles collections, les frais de conception, de marketing, l’amélioration de la productivité, de la qualité et le développement des produits de tous types de logiciels. La Tunisie tente d’introduire un label et une mode tunisienne, qui serait proposée aux donneurs d’ordre.
Un marché émergeant…
Le commerce d'habillement s'est considérablement développé ces dernières années, notamment dans le cadre de l'ouverture de galeries commerciales souvent associées à des grandes surfaces (Monoprix, Carrefour…). L'évolution du pouvoir d'achat des Tunisiens favorise l'émergence, dans les principales agglomérations, d'enseignes internationales, notamment d'origine française (Célio, Manoukian, Etam…). Cependant des contraintes à l'implantation d'enseignes étrangères demeurent : un étranger, pour ouvrir une boutique en Tunisie, doit s'associer à un partenaire tunisien qui aura la responsabilité de gérance.
Les entreprises totalement exportatrices ont le droit de commercialiser au moins 30 % de leurs produits sur le marché tunisien.
La meilleure voie pour commercialiser des produits nationaux sur des marchés extérieurs est de renforcer la présence des unités de production tunisiennes sur les marchés étrangers.
Pour cela, les entreprises tunisiennes devraient se constituer en groupements d'intérêt économique ou en consortiums pour se déployer sur l'international. Le Cepex a mis en place un programme stratégique axé sur la sensibilisation, la communication et l'information. Les distributeurs européens veulent des partenaires de proximité qui soient des développeurs et non de simples sous-traitants. Les entreprises tunisiennes sont dans l'obligation de proposer à leurs partenaires de nouveaux produits à haute valeur ajoutée, tels que des croquis de modèles, une finition plus précise et de grande qualité. Outre le programme de mise à niveau intégrale, le Programme de modernisation industrielle (PMI), engagé avec le soutien de l'UE, prévoit trois sortes d'assistances aux PME pour améliorer la commercialisation : une assistance technique par le Cettex, financière par le Bureau de l'Assistance aux Entreprises (BAE) et commerciale par le Famex (Fond d'Accès aux Marchés Extérieurs).
Sibylle Rizk
Le potentiel des ressources humaines
La proximité de l’Europe permet aux industriels tunisiens du textile et de l’habillement de répondre rapidement aux demandes internationales. L’industrie est forte de la qualification de sa main-d’½uvre et de son savoir faire.
La Tunisie offre un environnement propice à l’investissement, ce qui explique la présence de plusieurs entreprises étrangères. L’adoption par l’État d’un programme de mise à niveau du secteur renforce le potentiel des ressources humaines par la qualification des cadres et améliore la productivité et la qualité. Autres points forts, le développement d’une politique de « sourcing » qui permet de diversifier les sources d’approvisionnement. L’accord de libre-échange avec la Turquie, l’Union Européenne et l’accord d’Agadir sont autant d’autres atouts.
Aller au-delà du « savoir-coudre »
L'industrie textile tunisienne est caractérisée par la sous-traitance et axée sur les exportations de vêtements — chaînes et trame (72 % en valeur). Les exportations sont destinées à un seul marché : l'Europe. C'est un secteur qui nécessite un meilleur taux d'encadrement et un surcroît d'investissement dans l'immatériel.
Les industriels tunisiens doivent faire preuve de plus de compétitivité, en maîtrisant davantage les différents processus de production et de livraison à partir d'un modèle, ou d'un simple croquis : conception et design, mise au point industrielle, approvisionnement en stock, logistique…
Plusieurs entreprises du secteur se contentent de proposer leur « savoir coudre ». Elles ont beaucoup à gagner en s'organisant dans des Groupements d'Intérêt Économique pour réussir à répondre aux demandes et faire face à la concurrence.
Italie/Tunisie
Groupe Iness Confection : quand la filiale tunisienne vole de ses propres ailes
Implantée en Tunisie en 1990, Iness Confection s’est transformée, depuis 10 ans, d’une plate-forme de production de la société mère italienne, installée à Florence, en Italie, « Eldo », en une entreprise totalement indépendante aussi bien sur le plan technique que commercial. Aujourd’hui, la société emploie directement plus de 70 cadres et techniciens supérieurs et environ 300 ouvriers. Elle offre quelque 2 000 emplois indirects.
Iness Confection Tunisie, comme la présente M. Luciano Fragola, Président de la société mère, « Eldo » et du Groupe Iness Confection, « est un clonage réussi de l’entreprise originelle. Un clonage qui nous a assuré l’expression de la créativité tunisienne avec des compétences tunisiennes de niveau égal à celui des compétences italiennes opérant au siège, en Italie ».
M. Fragola qui entretient des rapports d’affaires privilégiés avec la Tunisie, considère, du reste, après 15 ans de travail en Tunisie, que le pays dispose d’un climat exceptionnel d’investissement.
Dirigée par une équipe majoritairement tunisienne, Ines Confection a réussi le pari d’augmenter son chiffre d’affaires de 10 à 30 millions de dollars, durant les trois dernières années. Elle est placée parmi les trois premières entreprises exportatrices du secteur textile et habillement en Tunisie.
« Iness Confection » organise la production et l’acheminement vers le département stockage du Groupe Eldo. Ines Confection Tunisie est composée de trois sociétés « Coccinelle », « Bleue Conf », et « Amina Conf », ½uvrant dans le secteur du textile et de l’habillement, au sein d’un cycle intégré de production.