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Réseau des professionnels Mode – Textile – Habillement en Euroméditerranée

ITALIE

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La soie, le coton et la laine des Sarrasins?

Au IXe siècle la Sicile, conquise par les Musulmans, découvre le coton dont elle devient, rapidement le premier fabriquant d'Europe. Après les Croisades, Venise, Pise et Gènes, commercent avec les Sarrasins. Ils embarquent soieries, damassés, velours ou dentelles, acheminées d'Asie par la « Route de la soie » et importent de la laine noble.
Très vite, l'activité textile se concentre dans le Nord du pays. Au XVe, l'Italie a ainsi le monopole de la soie. La France en importe d'ailleurs tant que Louis XI, pour éviter la fuite des capitaux, en condamne l'usage puis crée les premiers ateliers de tissage.
À la même époque, Florence exporte ses lainages dans toute l'Europe.
Au milieu du XXe siècle, Rome devient la capitale de la mode italienne, avant que Milan, reine du prêt à porter ne la détrône, et que Florence s'affirme dans la mode masculine.

La spécialisation, pour résister au séisme de la libéralisation

L'Italie est le seul pays européen ayant gardé une forte industrie textile. Avec un chiffre d'affaires d'environ 25 milliards d'euros, elle représente un quart de la production européenne. L'Italie était en 2003, selon l'OMC, le second fournisseur mondial de textiles derrière la Chine à égalité avec les États-Unis, et représentait 8 % des exportations mondiales.
La réussite de ce secteur revient en partie aux 'districts industriels' régionaux, qui regroupent des centaines, voire des milliers d'entreprises complémentaires, spécialisés dans une activité et couvrant tout le cycle productif. Ils conçoivent et produisent également des machines liées à leur activité.
Sur la vingtaine de districts textile/habillement, basés essentiellement dans le Nord et le Nord-Ouest, six sont entièrement consacrés à l'industrie textile, et exportent de 30 à 70 % de leur production.
Le district de Prato est le plus important : 8 000 entreprises, y produisent des fils en tous genres - dont 70 % de la laine italienne - emploient 45 000 personnes et réalisent un chiffre d'affaires de 5 milliards d'Euros.
Como (2 400 entreprises) est spécialisé dans le tissage de fils, importés en grande partie de l'étranger, en particulier la soie. Pour résister à la crise une marque promouvant la soie d'origine italienne a été mise en place.
Biella est le leader mondial dans les tissus d'habillement en laine et autres fibres de valeur. Cette spécialisation a fait naître une technologie mécanique à l'avant-garde en Italie et à l'étranger.
Mais depuis quelques années ces districts, touchés par la crise, essuient de grosses pertes. Les autres districts textiles sont : Valdagno, Asse del Sempione (coton) et Lecco

Le 'made in Italy ' s'exporte

L'Italie a la première industrie de l'habillement en Europe dont elle représente 39 %, avec une balance commerciale positive.

Elle est le 3e fournisseur mondial après la chine et Hong Kong et réalise 7 % des exportations mondiales d'habillement et 4 % des exportations mondiales d'articles de mode.
Au sein de l'Union Européenne, c'est le pays qui exporte le plus en habillement vers les USA (60 % en valeur des exportations d'habillement de l'Union) et le Japon (51 %).
La mode italienne, aussi renommée que la mode française, y compris dans le luxe, réalise d'ailleurs 60 % de son chiffre à l'étranger. Fer de lance de l'industrie nationale, le collant réalise 83,7 % du CA à l'export, mais cette part commence à chuter. L'habillement est produit dans des milliers de petites et moyennes entreprises (67 000 entreprises pour l'ensemble de la filière textile/habillement). Près de 90 % ont moins de 15 salariés. La production d'habillement est majoritairement regroupée dans 11 districts industriels, essentiellement autour de Milan et de Florence. Les deux plus gros dépassent 5 milliards d'Euros de CA (Vicence, en Toscane avec 36 000 salariés, et S Giuseppe Vesuviano, dans le Sud), suivis par Bergame, Brescia et Trévise. Des petits districts se spécialisent dans des créneaux pointus : les chaussures et l'habillement sportif à Montebellune qui en exporte 70 %, les chaussettes à Castel Goffredo. Parmi les principales entreprises de textile habillement, citons Benetton group et Marzotto, toutes deux de Vénétie et dont le chiffre d'affaires frôle les 2 milliards d'euros, suivies par Giorgio Armani et Max Mara Fashion Groupe, avec plus d'un milliard.

Les petits magasins indépendants résistent

L'Italie est le deuxième marché européen de l'habillement, derrière l'Allemagne.

Le succès du 'sistema moda italia' a longtemps reposé sur un important réseau de boutiques multimarques indépendantes.

Aujourd'hui, la distribution italienne reste très atomisée avec une plus forte présence qu'ailleurs des petits magasins indépendants qui représentent plus de la moitié des ventes. La grande distribution n'en représente que 35 % alors que la moyenne de l'Union européenne est de 60 %.

Mais bien que l'Italie ait longtemps résisté à l'introduction de chaînes étrangères de magasins à bas prix, les récentes ouvertures de H&M, Zara et Mango, qui jouent essentiellement sur les prix, les tendances et le réassort constant, ont réduit la part des détaillants, également concurrencés par le développement des grandes surfaces. Cette part a notamment fortement chuté pour l'habillement junior et la lingerie hommes et femmes (30 et 40 %).

Les chaînes de magasins monomarques représentent désormais 17 % du marché de même que les hypermarchés et la distribution organisée (dont les grands magasins Rinascente et Coin) (chiffres 2003).
Autre particularité italienne : le commerce ambulant reste un canal privilégié avec 10 % du marché.

Élisabeth Lambert

L'adaptabilité du «made in Italy»

L'adaptabilité de l'industrie du textile italienne aux nouvelles tendances du marché est son principal atout.
Exportant majoritairement hors Europe, elle dispose d'une avance commerciale dans les pays lointains à haute valeur ajoutée.
La force de sa filière, alliée à une extrême diversité de productions, lui permet de réagir rapidement à l'évolution de la demande et ses « districts industriels », dotés d'une culture, parfois séculaire, de coopération entre PME, sont plus adaptés que d'autres à l'économie de réseaux.
Sa capacité à innover, alliée à de forts investissements dans la promotion de la qualité et des produits locaux, est également compétitive (création en 2004 d'un salon entièrement dédié aux textiles du futur, mise en place de formations de nouveaux profils professionnels au sein même des principaux districts, tels Biella ou Prato')

Se développer à l'international

Pilier de l'économie italienne, l'industrie textile/habillement, est particulièrement sensible à la conjoncture internationale. Avec 30 % du chiffre d'affaires européen, elle pourrait être la plus menacée par les produits chinois. La flambée des demandes de licences des importateurs en témoigne déjà : hausse de 600 % dans le textile/habillement et de 1 000 % dans la chaussure en janvier 2005 au lieu de + 110 % en UE.
La compétitivité internationale de l'industrie textile est par ailleurs en baisse : elle est passée depuis 2003 en 40e position derrière le Bostwana, la Jordanie et plusieurs pays de l'Est, ses exportations ont une faible teneur en technologie, et ses districts, touchés par la crise, ont de très faibles gains de productivité.

Italie-Turquie
Sous-traiter une partie de la production dans de petites structures turques

"Nous travaillons depuis 5 ans avec des sous-traitants turcs ; notre production l'an dernier y a augmenté de 40 % et nous espérons monter encore en puissance", estime Mattéo Cecchi, l'un des dirigeants de Cecchi Lido, une entreprise familiale de production de tissus, installée dans le district industriel de Prato depuis 1944.
Avec 45 salariés, Cecchi Lido, qui fait aussi travailler une cinquantaine d'autres unités de Prato, atteint un chiffre d'affaires de 22 millions d'euros, dont 80 % à l'export, en particulier vers les États-Unis où elle a une agence commerciale.
Une partie de ses collections continue d'être produite sur le site de Prato, mais la fabrication des tissus de coton et de polyester/viscose, est de plus en plus délocalisée en Turquie, soit 30 % de l'activité. L'entreprise a un bureau à Istanbul dont les 4 salariés (1 italien et 3 turcs), formés à Prato, sont chargés de suivre la fabrication.
"La Turquie a une très forte tradition dans ces domaines et nous sommes très satisfaits de la qualité, y compris en haut de gamme, c'est pourquoi, même si les prix ont augmenté, nous continuerons avec eux. Nous avons sélectionné 6 sous-traitants, chacun spécialisé dans un type de produit. Ce sont de petites structures, plus souples que les grandes unités", explique encore Mattéo Cecchi.
Autres avantages de cette coopération : la proximité de la Turquie avec l'Italie raccourcit les délais, et la présence à Istanbul des bureaux d'achat de toutes les grandes marques, anglo-saxonnes et allemandes en particulier, permet à Cecchi Lido de vendre aussi en direct de Turquie et de réduire encore les coûts.