Action euroméditerranéenne de l'Union Européenne
en matière de textile-habillement
Le secteur du textile-habillement joue un rôle clé à la fois dans l'Union Européenne et dans les économies méditerranéennes. Depuis une trentaine d'années, la régionalisation des échanges s'est amplifiée sous l'effet conjugué des politiques préférentielles mises en place par L'UE, et d'une nouvelle organisation de la production axée sur l'importance des délais et de la réactivité. L'intégration industrielle s'est ainsi développée à l'échelle euroméditerranéenne, l'Europe exportant son textile, et les pays tiers méditerranéens (PTM) livrant en retour des vêtements confectionnés notamment avec les tissus européens. Les PTM fournissent 25 % des vêtements importés par l'UE et absorbent 20 % des exportations textiles de l'UE. Les importations européennes (UE 15) en provenance des dix pays méditerranéens ont été multipliées par quatre entre 1988 et 2003 (passant de moins de 4 milliards d'euros à 16 milliards d'euros).
Le secteur Textile Habillement
au sein de l'Union Européenne (UE 25)
L'industrie textile habillement représente 4 % de la production manufacturière totale en Europe et 7 % de l'emploi manufacturier. Plus de 2,7 millions de personnes travaillent dans 230 000 entreprises.
Sur les vingt dernières années, le secteur n'a cessé de se moderniser et se restructurer en raison de l'intense concurrence des pays en voie de développement et des progrès technologiques. Ces restructurations ont engendré des gains importants de productivité. Cependant environ un million de personnes ont perdu leur emploi.
L'industrie est dominée par les PME, concentrées dans des régions où elles jouent un rôle économique et social vital. Les entreprises de moins de 50 salariés représentent 60 % de la main-d'½uvre du secteur de l'habillement européen et produisent près de 50 % de la valeur ajoutée.
La production de masse, considérablement réduite en Europe, a été délocalisée dans les pays d'Europe centrale et de l'Est, puis vers la Bulgarie, la Roumanie et les pays du Bassin méditerranéen, ce qui a permis au secteur de conserver la chaîne de production à proximité du marché européen.
Les entreprises européennes se concentrent sur l'innovation, la qualité, sur des produits à haute valeur ajoutée et des marchés de niches.
L'Union européenne reste le premier exportateur de textile et le second exportateur d'habillement (après la Chine). Sur certains marchés tels que les textiles techniques et non-tissés (notamment géotextiles ou fibres antibactériennes), les producteurs européens sont leaders.
Mais depuis quelques années, le secteur se trouve confronté à des défis sans précédent parmi lesquels la construction de la zone euroméditerranéenne, les négociations du cycle de Doha et le démantèlement des quotas d'importation au 1er janvier 2005.
Ces défis arrivent au cours d'une période de ralentissement économique qui touche de plein fouet le secteur du textile et de l'habillement. De plus, dans le même temps, l'euro s'est apprécié de manière significative par rapport au dollar, ce qui a pénalisé les exportations européennes. Les années 2001-2004 ont été particulièrement difficiles pour l'industrie textile habillement européenne.
Après une chute conséquente de la production et de l'emploi durant trois années, on estime qu'en 2003 la production a reculé de 4,4 % et l'emploi de 7,1 % dans l'Union européenne élargie à 25 membres. Le déficit commercial s'est élevé à 29,4 milliards d'euros (dont 10,4 milliards d'euros dus aux échanges avec les pays de la Méditerranée) avec un excédent de 3,7 milliards pour le textile et un déficit de 33,1 milliards pour l'habillement.
Le secteur Textile Habillement
dans la région méditerranéenne
Les principaux producteurs de textile et d'habillement dans la région méditerranéenne sont la Turquie, la Tunisie, le Maroc, l'Égypte, la Syrie et depuis peu la Jordanie. Dans tous ces pays, le textile habillement est le premier employeur de l'industrie manufacturière, fournissant 30 à 50 % des emplois. Au total, le secteur représente 4 millions d'emplois formels dans la zone méditerranéenne, dont plus des deux tiers occupés par des femmes. En Tunisie, au Maroc et en Jordanie, l'habillement est le premier poste d'exportation ; en Égypte et en Syrie, le second poste d'exportation après les produits pétroliers. Globalement, le secteur représente 28 % des exportations des pays tiers méditerranéens.
Dans ces pays, l'Union européenne a supporté ce secteur par l'adoption de mesures spécifiques à travers le programme Meda.
Parmi les pays méditerranéens, la Turquie est de loin le premier producteur de textile habillement, avec une production de l'ordre de 30 milliards d'euros. Deuxième fournisseur de l'UE après la Chine, la Turquie a développé une industrie puissante et fortement intégrée avec la présence de grands groupes industriels nationaux et une concentration des activités de co-traitance.
Le groupe de haut niveau
sur l’avenir de l’industrie textile habillement
La Commission européenne, consciente du bouleversement des équilibres économiques et sociaux que la suppression des quotas allait provoquer, a créé, en mars 2004, un Groupe de haut niveau textile et habillement. Il rassemble des représentants de la Commission européenne, des représentants des états membres de l'UE, et des acteurs du secteur. Le groupe formule des recommandations destinées à guider la mise en ½uvre des politiques industrielles et commerciales afin de renforcer la compétitivité du textile et de l'habillement, au sein d'une Europe élargie.
Se basant sur les travaux du Groupe de haut niveau pour le textile et l'habillement, la Commission a proposé une série de sept actions pour stimuler la compétitivité de l'industrie textile européenne en vue du démantèlement des derniers quotas de l'OMC sur les textiles le 1er janvier 2005 :
• Stimuler la recherche et l'innovation : pour concevoir et mettre en ½uvre un agenda stratégique pour la recherche, la Commission réfléchit à la mise en place d'une plateforme technologique européenne. Il faut encourager les technologies les plus avancées et les produits textiles à forte valeur ajoutée grâce aux programmes R&D de l'UE.
• Garantir l'éducation tout au long de la vie et la formation professionnelle : en encourageant l'utilisation du programme Leonardo da Vinci et du Fonds social européen pour permettre l'adaptation aux changements industriels et aux innovations dans le domaine de l'emploi.
• Réserver des fonds structurels pour remédier aux crises imprévues : afin de soutenir la restructuration, la modernisation, la gestion des conséquences de l'ouverture commerciale et de limiter l'impact socio-économique sur les régions caractérisées par une importante concentration d'usines textiles, la Commission a proposé la création d'un fonds de réserve au sein des fonds structurels (à hauteur de 1 % de la contribution annuelle au Fonds structurel pour l'objectif de « Convergence » et 3 % de l'objectif « compétitivité régionale et emploi »)
• Renforcer la lutte contre la contrefaçon et le piratage : création d'un site européen sur les droits de propriété intellectuelle et dissémination de l'information grâce aux séminaires et au réseau, en particulier vers les PME.
• Ouvrir les marchés : la Commission propose d'améliorer l'accès de l'industrie européenne aux pays tiers et de procéder à l'élimination des barrières non tarifaires au cours des négociations actuelles au sein de l'OMC dans le cadre de l'agenda de Doha pour le développement. La Commission propose également de renforcer l'accès des pays en voie de développement au marché de l'Union Européenne, avec un accent sur les pays les plus pauvres et les plus vulnérables.
• Conclusion rapide de la zone euro-méditerranéenne : il convient d'encourager la conclusion d'accords entre tous les partenaires d'EuroMed et l'adoption des mêmes règles d'origine afin que la cumulation de ces règles puisse avoir lieu aussitôt que les accords sont mis en place.
• Renforcement de la coopération avec la Chine : l'UE a conclu un accord avec Shangaï pour limiter les importations sur 10 catégories de produits en provenance de Chine et a mis en place un mécanisme de surveillance des importations chinoises.
La coopération euroméditerranéenne
Le processus de Barcelone
Les 27 et 28 novembre 1995, à Barcelone, les gouvernements de 27 pays européens et méditerranéens, le Conseil de l'Union européenne et la Commission européenne ont créé le Partenariat euroméditerranéen (PEM) avec pour objectif principal de faire du bassin euroméditerranéen une zone de libre-échange à l'horizon 2010.
Le processus de coopération industrielle euroméditerranéenne est l'une des priorités annoncées à Barcelone. Au niveau politique, les conférences Euroméditerranéennes des ministres de l'industrie permettent de définir des recommandations.
Au niveau technique, le groupe de travail pour la coopération industrielle en Euroméditerranée regroupe des experts gouvernementaux de 35 pays européens et méditerranéens et des représentants du secteur privé (UNICE, UMCE Eurochambres et UEAPME). Il définit les étapes de l'harmonisation des règlements et des pratiques des partenaires méditerranéens selon la législation européenne et négocie les accords bilatéraux de libre-échange.
Depuis 1995, tous les pays méditerranéens ont signé des accords d'association avec l'Union Européenne, leur assurant :
• le libre accès des produits industriels vers l'UE - l'élimination progressive des quotas sur 12 ans de tous les tarifs d'importation de produits industriels en provenance de l'UE
• l'abandon immédiat des quotas sur ces produits
• l'harmonisation des politiques concernant la concurrence, la propriété intellectuelle et les normes.
Ainsi, le contexte de libre-échange se développe.
La conférence de Tunis,
le 28 septembre 2004
Lors de la conférence ministérielle sur l'avenir de l'industrie textile habillement, les ministres ont adopté un ensemble de conclusions sur les questions commerciales notamment sur les règles d'origines, la surveillance des importations d'Asie et des mesures pour lutter contre la contrefaçon.
En approuvant la « Déclaration de Tunis », les ministres se sont engagés à soutenir le partenariat euroméditerranéen et la coopération bilatérale, ainsi qu'à augmenter la compétitivité du secteur dans des domaines tels que l'éducation, la formation, la recherche, l'innovation et la coopération industrielle.
La conférence de Caserte,
les 3 et 4 octobre 2004
Lors de cette conférence, les ministres de l'industrie des pays méditerranéens et des états membres de l'UE, et la Commission Européenne ont évoqué des questions sectorielles cruciales. Les ministres ont recommandé d'établir un Dialogue pan-euroméditerranéen sur l'avenir du secteur textile habillement. Ils ont également approuvé la charte euroméditerranéenne de l'entreprise.
Ainsi, le 13 décembre 2004, à Bruxelles, le groupe de Dialogue euroméditerranéen s'est réuni pour la première fois. Il rassemble des représentants des administrations des membres de l'Union Européenne, des pays méditerranéens, de la Bulgarie, la Roumanie et la Turquie (pays candidats à l'adhésion à l'UE) ainsi que des industriels et des partenaires sociaux du secteur textile habillement. Le but est d'instaurer un dialogue régulier entre les autorités nationales et les associations professionnelles et de mettre en place une stratégie industrielle commune en vue d'améliorer la compétitivité du secteur tout en conservant les chaînes de production dans la région euroméditerranéenne.
La conférence de Caserte marque une étape importante dans le partenariat industriel euroméditerranéen. Elle a revitalisé le processus de coopération et a inscrit la compétitivité et l'esprit d'entreprise comme priorité sur l'agenda des pays partenaires.