Historique : un siècle d’industrie
Il est difficile de fixer une date précise au démarrage de l’activité textile au Portugal. L’industrie dans sa forme moderne démarre à partir du milieu du XIXème siècle dans le nord du pays, dans la vallée de l’Ave autour de la ville de Vila Nova de Famalicao. La première usine cotonnière moderne, celle de la société Sampaio, Ferreira & Cª, a été fondée en 1896.
Pendant les années 70 et 80, l’industrie du textile et de l’habillement a enregistré une forte croissance grâce aux stratégies de délocalisation des entreprises européennes à la recherche de coûts salariaux plus avantageux et de la proximité géographique des principaux marchés du Vieux Continent. Le secteur reçoit aussi pendant cette période des aides officielles du gouvernement portugais et de l’Union européenne. Aujourd’hui, l’industrie est victime, à son tour, des délocalisations.
Industrie textile : un quart de l’emploi manufacturier
L’industrie du textile et de l’habillement demeure un secteur fondamental de l’économie portugaise. Ce secteur compte près de 3000 entreprises employant plus de 190 000 personnes. Le chiffre d’affaires a atteint 6,7 milliards d’euros en 2005. Le textile habillement représente 10% de la production manufacturière, 13% des exportations totales portugaises et 25% de l’emploi manufacturier.
C’est aussi un enjeu de politique régionale. L’industrie est concentrée principalement dans le nord du pays (Porto, Braga, Guimaraes et Famalicao) qui en dépend fortement en termes d’activité économique et d’emploi.
Pendant la période 1980-1999 le secteur a enregistré une modernisation accélérée : la productivité a augmenté de 1,8% par an dans le textile et de 2,5% par an dans l’habillement. Toutefois les investissements engagés n’ont permis que de combler partiellement le retard. À la fin de la décennie 90, le niveau de productivité n’arrivait pas à la moitié de la moyenne européenne.
Le secteur a abordé la libéralisation des échanges au niveau mondial et la montée en puissance des pays à bas coûts salariaux dans une position difficile. Le principal atout de l’industrie, la faiblesse des coûts salariaux, diminue. La concentration excessive sur des activités à faible valeur ajoutée, l’atomisation du tissu et la formation insuffisante dans les nouveaux métiers (gestion, recherche, etc.) placent l’industrie dans une situation délicate. En 2002 et 2005, le chiffre d’affaires du textile habillement a baissé de 18% en euros courants.
Mode habillement : cap vers l’Europe
Alors que les industriels espagnols, dès le début des années 80, ont réfléchi au développement de l’industrie de l’habillement et œuvré pour créer une «mode espagnole», le Portugal a pris du retard.
Les premiers ateliers ont surgi à Lisbonne au début des années 70 et la consolidation de la mode a permis l’émergence de créateurs comme Ana Salazar, Nuno Baltazar ou Dino Ales. Ana Salazar a fait figure de pionnière : elle a été l’une des premières à organiser des défilés et des expositions tout en publiant des catalogues.
En 1991, grâce à l’appui de la mairie de Lisbonne, le premier salon a vu le jour : Moda Lisboa, qui présente des collections d’automne et de printemps deux fois par an, ce qui a permis aux stylistes portugais de mieux se faire connaître.
En mars 2007, s’est tenue la première Semaine de la Mode du Portugal, qui a rassemblé plusieurs salons : Portugal Fashion, Modtissimo (salon textile), Brand Up (show room) et Moda Lisboa. Objectif : réaliser une présentation globale de l’offre portugaise afin de mieux la faire connaître, notamment au niveau international. Cette manifestation a été rendue possible grâce aux efforts conjoints des entités publiques et privées.
La mode portugaise est confrontée surtout à un problème de notoriété. Les stylistes doivent également faire face à d’importantes difficultés financières et se trouvent handicapés par l’étroitesse du marché intérieur. Dans ces conditions, le marché européen est prioritaire pour les créateurs portugais.
Commerce et distribution : l’émergence de leaders
Les ventes dans le commerce de détail de la confection ont atteint 4,23 milliards d’euros en 2006 (+3,4% à prix courants, par rapport à 2005) selon une étude réalisée par la société d’études espagnole DBK. Le vêtement féminin représente environ 50% des ventes, le vêtement masculin, 40%, et le reste correspond au marché pour enfants.
Le processus de concentration, amorcé pendant les années antérieures, s’est poursuivi en 2006. Les ventes réalisées par le commerce indépendant ont baissé de 4,3% en 2006 à 1,8 milliards d’euros et la part de marché est tombée à 43%, soit six points de moins par rapport à 2004.
Le chiffre d’affaires des chaînes spécialisées (enseignes) et des grandes surfaces est en progression constante depuis plusieurs années. En 2006, il a augmenté de 9,8% et de 17,4% respectivement, avec des parts de marché de 40% et 13%. Cinq sociétés ont représenté 22,6% des ventes totales du commerce en 2006 : Inditex (Zara), El Corte Inglés (grande distribution espagnole), Grupo Regojo (enseigne portugaise) et Continente (grande distribution portugaise).
Les prévisions des experts font état d’une accélération des ventes en 2007-2008, avec une progression qui serait de l’ordre de 4 à 5% par an. La pénurie de locaux commerciaux disponibles dans le centre des villes et les nouvelles habitudes de consommation ont favorisé le développement de nombreux projets de centres commerciaux. Une telle évolution ne peut que stimuler, à son tour, le développement des enseignes et des grandes surfaces et réduire plus encore la part de marché du commerce traditionnel. Le phénomène de concentration est appelé à se poursuivre de façon inéluctable.
DBK estime que la forte concurrence devrait inciter les principaux opérateurs du marché à se diversifier vers de nouveaux marchés et à lancer de nouvelles lignes de produits.
Atouts : savoir innover
Le principal point fort est le grand know how accumulé et le bon niveau technologique atteint grâce aux investissements réalisés au cours de la période récente. Les entreprises ont, par ailleurs, une grande flexibilité et ont fait preuve de leur capacité d’adaptation. Le processus d’internationalisation a été engagé (Maghreb, Brésil) afin de répondre à la menace de la concurrence des pays à bas salaires.
L’industrie portugaise est donc bien placée pour faire face à son principal défi, celui de l’innovation. Les entrepreneurs portugais sont convaincus qu’ils ont une carte à jouer dans les niches où ils peuvent mettre en valeur leur capacité à offrir des produits différenciés. Il s’agit de marchés comme la mode, les textiles techniques, les vêtements de sport et de protection. Un signe ne trompe pas : en dépit de la forte concurrence internationale, la balance commerciale du textile habillement continue à être excédentaire.
Le défi de la formation
La filière textile habillement du Portugal souffre d’une faiblesse de ressources humaines, non pas dans les métiers techniques, mais plutôt pour tout ce qui est « hors technique » : marketing, gestion, mode, image et logistique principalement. La profession est confrontée à la nécessité de réaliser un gros effort de formation lequel est entravé par la difficulté à attirer les jeunes vers ce secteur.
Ces problèmes sont liés en grande partie à l’image de la filière au Portugal, qui ne correspond pas à la réalité. Le textile habillement est injustement considéré comme un secteur vieilli et arriéré d’un point de vue technologique. Les entreprises et les organisations professionnelles se battent pour enrayer ce phénomène.
L'émergence d'un partenariat Portugal Tunisie
La coopération entre le Portugal et la Tunisie a démarré en décembre 2005, avec la visite des installations du Citeve (Centre technologique des industries textile et d’habillement du Portugal) à Vila Nova de Famalicao, dans le nord du Portugal, par une délégation d’entreprises tunisiennes. Cette mission, organisée avec l’appui du Cepex (Centre de promotion des exportations) de Tunisie, a permis de nouer des contacts avec des entreprises portugaises.
En juin 2006, le Portugal a été le pays invité d’honneur de l’édition 2006 du salon Texmed. Une délégation d’une douzaine d’entreprises portugaises a participé à cette manifestation conjointement avec le Citeve.
En mars 2007, un accord de coopération a été signé entre le Citeve et son homologue tunisien, le Cettex (Centre technique du textile). Celui-ci comprend plusieurs volets : formation d’experts (deux cadres du Cettex ont déjà été reçus au siège du Citeve), assistance technique au Cettex en Tunisie et activité de conseil auprès d’entreprises tunisiennes principalement. Le Citeve a même ouvert un bureau permanent à Monastir : un cadre du Citeve y séjourne en permanence.
« Certaines productions ne sont plus possibles au Portugal et la Tunisie veut passer de la sous-traitance à la co-traitance. Notre but est de favoriser l’émergence de partenariats entre les entreprises des deux pays» explique Helder Rosendo, directeur général du Citeve. Il y a déjà une présence de l’industrie du textile et de l’habillement portugais en Tunisie, puisque 15 entreprises de ce pays sont installées dans ce pays.